ANB-BIA SUPPLEMENT

ISSUE/EDITION Nr 454 - 15/04/2003

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Afrique
Les rébellions récompensées


GUERRE CIVILE


En Afrique, le qualificatif de «rebelle» tend à devenir un titre de noblesse

Les incendies s’allument à des points divers en Afrique. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, des groupes armés s’organisent et font la guerre contre les pouvoirs en place sous le fallacieux prétexte de combattre la dictature et d’instaurer un ordre nouveau par les armes. S’ils sont les plus forts, ils chassent le pouvoir en place et installent un nouveau pouvoir qui n’est certainement pas aussi démocratique qu’ils prétendent. Alors, un groupe mal servi reprend les armes, et ça recommence.

Lors des travaux préparatoires au Dialogue intercongolais tenus en août 2001 à Gaborone, un ancien collègue journaliste, venu à ces travaux dans la délégation du mouvement rebelle MLC (Mouvement de libération du Congo), s’empressa, en nous voyant, de nous embrasser en s’exclamant: «Savez-vous que je suis devenu un rebelle?».

En Afrique, il n’y a plus de honte de s’appeler «rebelle». Des personnalités naguère respectables se reconnaissent rebelles, et acceptent d’endosser la responsabilité des massacres et autres violations des droits de l’homme dont leur mouvement politico-militaire est l’auteur.

Rebelle, titre de noblesse!

Encouragés par la prise en compte de leurs desiderata par les facilitateurs et autres médiateurs extérieurs qui les mettent sur le même pied que les tenants du pouvoir légal, les chefs rebelles ne cessent de monter les enchères et d’être toujours plus exigeants lors des négociations. Beaucoup de chefs politiques recourent à la rébellion, persuadés que c’est le seul moyen de conquérir le pouvoir.

A Sun City, lors des travaux du Dialogue intercongolais tenus de février à avril 2002, l’UDPS, le parti d’opposition dirigé par M. Etienne Tshisekedi a fait ce constat et a menacé de se transformer lui aussi en mouvement politico-militaire. Il a tout au moins réussi à s’allier au mouvement rebelle du RCD-Goma, aujourd’hui le plus exigeant et le plus écouté. A sa suite, bien d’autres partis politiques ont suivi le pas, notamment le MDD (Mouvement pour la démocratie et le développement) de M. Augustin Kisombe, ancien ministre de Mobutu, et la DPTN (Dynamique pour une transition neutre) de Raphaël Katebe Katoto.

Ils sont aussi encouragés par la publicité tapageuse que la presse internationale fait autour de leurs conquêtes. Mais même la presse nationale n’est pas gênée de prêter le flanc à la rébellion et à l’agression, sous l’oeil médusé du gouvernement. Si l’on rappelle cette presse à l’ordre, toutes les ONG des droits de l’homme crient à l’atteinte à la liberté de la presse. Rien d’étonnant donc que le qualificatif de «rebelle» tende à être assimilé à un titre de noblesse en Afrique.

Dans les forums où se négocie la paix, les chefs rebelles bénéficient des attentions toutes particulières de la part des médiateurs occidentaux qui paraissent être, sinon leurs parrains, en tout cas les commanditaires de leurs sinistres entreprises. Ainsi, au lieu d’être considérés comme des hors-la-loi, les rebelles africains sont traités comme des justiciers des temps modernes.

Faiblesse des armées nationales

A cause de l’incapacité des armées nationales, les rébellions s’allument partout en Afrique. Ces armées s’avèrent plutôt des armées de parade, dirigées par des officiers généraux dont la plupart ont été désignés sur des bases subjectives (même tribu, camaraderie...) et n’ont pas la formation requise. Ils sont plus prêts à mâter des manifestations civiles qu’à défendre le territoire national.

Le pouvoir de Kinshasa n’a eu la vie sauve, en août 1998, face aux forces coalisées d’agression rwando-ougando-burundaises et la rébellion du RCD, que grâce au soutien des armées angolaise, zimbabwéenne et namibienne.

En Côte d’Ivoire, c’est la France qui a sauvé le régime de Laurent Gbagbo en arrêtant net la progression des mouvements rebelles, alors que l’armée nationale était en débandade. En République centrafricaine, le gouvernement de M. Patassé a résisté à la rébellion du général Bozizé «soutenu par le Tchad» grâce à la présence militaire libyenne et du mouvement rebelle congolais, le MLC de Jean-Pierre Bemba. Mais l’armée divisée et affaiblie n’a pas été en mesure de protéger le pouvoir en place, même démocratiquement élu.

Conscients de ces faiblesses, des groupes rebelles se forment et occupent facilement d’importantes portions du territoire national. Toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Union africaine n’impressionnent guère les mouvements rebelles, conscients que cela se bornera aux simples déclarations. Ensuite, les rebelles revendiquent l’égalité à la table des négociations et l’obtiennent.

A cette table, ils se retrouvent avec des projets d’accord initiés de l’extérieur, et se pressent de les signer dès lors que le principe de partage du pouvoir ou des responsabilités y est mentionné. Mais très vite, tout est remis en cause.

Le Congo-RDC et la Côte d’Ivoire illustrent bien cette réalité. L’Accord global et inclusif, signé à Pretoria le 17 décembre 2002, est à ce jour contesté parce que, dit-on, il consacre l’impunité et la partition du pays. La réaction est la même en Côte d’Ivoire, où l’on ne comprend pas qu’on puisse donner une prime aux rébellions à travers l’accord de Marcoussi.

Les agresseurs impunis

Tout comme les armées régulières, les mouvements rebelles ne sont pas en mesure de s’assumer seuls. Ils ont des appuis extérieurs considérables.

Appuis ouverts, comme c’est le cas en RDC, avec le soutien du Rwanda et du Burundi au RCD-Goma d’Adolphe Onusumba et à l’UPC de Thomas Lubanga, et de l’Ouganda au MLC de Jean-Pierre Bemba et au RCD-National de Roger Lumbala. Pire, l’Ouganda continue à multiplier le nombre de petites rébellions, comme le nouveau mouvement rebelle du chef Kawa, pour contrer chaque action de retour de la paix au Congo.

Ou bien des appuis indirects, comme ceux des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Afrique du Sud aux mouvements rebelles pro-rwandais et au Rwanda, ou du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, et du Tchad en République centrafricaine.

Outre ces pays, il y a des multinationales. Véritables groupes de pression dans des pays occidentaux, elles sont les grands charognards d’Afrique. Elles sont perçues dans tous les conflits où on vend vend armes, munitions et mercenaires contre matières premières à vil prix. Nullement découragées par les différentes mesures prises par l’ONU contre les matières premières du sang, elles continuent leurs sales besognes en Afrique. Ou ailleurs.

L’opinion africaine note qu’au lieu d’encourager les pays africains à plus de démocratie, l’Occident soutient ou encourage les rébellions à se perpétuer, comme si c’était la voie la mieux indiquée pour conquérir le pouvoir. L’euphorie pour la démocratie du début des années ‘90 mise en route par la perestroïka, la chute du mur de Berlin et le discours du président Mitterrand à La Baule, a cédé la place à la stupeur de voir le retour toléré du pouvoir des armes.

Comment l’Afrique sortira-t-elle du cycle infernal des rébellions et des guerres fratricides? L’une des pistes est la prise de conscience des hommes politiques africains qui doivent cesser d’être les marionnettes de l’Occident et des assoiffés du pouvoir. L’Afrique des tribus et des ethnies doit céder la place à l’Afrique des Nations. Car, toutes ces rébellions sont montées dans des tribus ou ethnies avec des appuis extérieurs.

 


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